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[CAPES d'H-G] Fiches pour l'épreuve d'ASP en Géographie

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hors ligne Thibault
# Le 11/07/2015 à 10h54
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Voici 6 fiches de synthèse d'épistémologie et d'histoire de la géographie, réalisées à partir de plusieurs ouvrages généraux et de cours :


Le paysage et la géographie


La géographie intègre depuis longtemps les paysages, la Géographie du grec Strabon ou les textes d'Ibn Khaldoun au Moyen Âge traitant l'aspect visuel des lieux. En 1888, l'ouvrage d'Albert de Lapparent, La géologie en chemin de fer, introduit chez les géographes français l'analyse des paysages pour comprendre des ensembles plus vastes.

A la fin du XIXe et au début du XXe, les géographies allemande et américaine en particulier consacrent une large part au paysage. En Allemagne, c'est Otto Schlüter qui fonde une science des paysages en 1906, voulant construire une partie de la géographie sur l'analyse des paysages. En France en 1908, Vidal de La Blache publie un article consacré à « l'interprétation géographique des paysages » dans lequel il affirme que l'étude des paysages est l'un des principaux objets de la géographie. En 1913, le géographe vidalien Max Sorre écrit dans sa thèse que « toute la géographie est dans l'analyse des paysages ». Le paysage est alors perçu d'abord comme un outil permettant de poser des problèmes, permettant d'apprendre la différenciation de la surface terrestre. L'accent est d'abord mis sur la nature (élément humain négligé) avant que le paysage ne soit considéré comme la combinaison d'éléments naturels et humains. Jusqu'aux années 1960, l'étude des paysages permet d'approcher les relations entre les sociétés et leurs milieux (à partir des années 1930). Il s'agit avant tout de paysages agraires ou ruraux.

L'étude des paysages est remise en cause dans les années 1960. Les géographes formulent une critique épistémologique : le paysage en tant qu'apparence est nécessairement trompeur ; Roger Brunet le considère comme le reflet déformé d'une structure spatiale. Cette critique se double d'une critique méthodologique : le « mythe de l'observation souveraine » est remis en cause ainsi que l'approche qualitative et descriptive.

Le paysage fait son retour dans les années 1970, réhabilité par Georges Bertrand (thèse sur les Pyrénées cantabriques), qui le conçoit comme « l'interprétation sociale de l'interface terrestre ». Le paysage est rétabli comme objet d'études pour les mêmes raisons qui ont suscité son rejet. Le paysage ne revient pas tellement en tant qu'objet physique mais en tant que construction culturelle. Le paysage est l'un des objets exprimant les relations entre une société et son environnement. Jean-Robert Pitte, à travers son Histoire du paysage français (1983), soutient que le paysage est une réalité culturelle, produit du travail des sociétés, un objet d'observation et de consommation. La demande sociale a conduit à protéger les paysages à travers la « loi paysage » votée en France en 1993, qui vise à protéger « des territoires remarquables pour leur intérêt paysager ». Les paysages sont au cœur aujourd'hui d'enjeux politiques et économiques (aménagement, propriété, tourisme).


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La ville et la géographie


La ville occupe une place marginale dans la géographie de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Des géographes se sont néanmoins intéressés à la ville comme Elisée Reclus qui a écrit sur l'exode rural et le développement de banlieues, ou Raoul Blanchard qui a publié en 1911 une étude sur Grenoble. On attribue à Jean Bruhnes l'invention du terme de « géographie urbaine » (1900).

En 1922, dans La Vie urbaine, première revue française d'urbanisme, Blanchard généralise une « méthode de la géographie urbaine ». Il s'agit de comprendre les faits de localisation de la ville (ville sur un gué fluvial, en fonds d'estuaire, …), sa formation, les interactions entre le milieu et le développement de la ville et le genre de vie de l'organisme urbain. En 1931, Georges Chabot pose la question des zones d'influence des villes.

Le monde anglo-saxon a donné une vision plus large et théorisée de la ville, en particulier avec l'Ecole de Chicago. Le modèle de Burgess, sociologue de l'Ecole de Chicago, propose une organisation concentrique irradiant l'espace et l'explique par des concurrences pour l'espace.

La ville suscite l'engouement des géographes français dans la seconde moitié du XXe siècle : les études de géographie urbaine se multiplient, sur la morphologie et le fonctionnement de la ville. En 1948, Georges Chabot publie Les villes, où il met en évidence les grandes fonctions des villes (approche fonctionnaliste). En 1952, Pierre George publie La ville, le fait urbain à travers le monde, où il applique à la ville sa grille de lecture marxiste et distingue des types de villes en fonction du système économique (villes libérales : où les inégalités sociales se traduisent par le refoulement du prolétariat en banlieue …). En 1963, Georges Chabot et Jacqueline Beaujeu-Garnier publient un traité de géographie urbaine qui fait alors référence en faisant la synthèse des différentes approches géographiques de la ville.

La nouvelle géographie a renouvelé les études sur la ville avec la modélisation et les chorêmes (Roger Brunet). Les géographes s'intéressent après les années 1970 aux sociétés urbaines : les acteurs, les logiques, les identités urbaines, les représentations, les ségrégations, les mobilités, les politiques urbaines, … Les villes sont aussi pensées à une échelle plus globale : en 1991, Saskia Sassen introduit le concept de « ville mondiale » (global city) : New York, Tokyo, Londres … Olivier Dollfuss introduit en 1996 le terme d' « archipel mégalopolitain mondial ». Celui-ci est formé d'un ensemble de villes qui contribuent à la direction du monde à partir de la seconde moitié du XXe siècle, les activités d'innovation et de commandement se concentrant dans les villes.



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La mondialisation et la géographie


Les mots « mondialisation » et, en anglais, « globalisation » apparaissent à la fin des années 1950 et au début des années 1960, avec un sens neutre. « Mondialisation » signifie alors « Le fait de devenir mondial, de se répandre dans le monde entier » (dictionnaire Robert de 1987).

Jusqu'au milieu des années 1980, une réflexion est menée sur l'apparition d'une « société globale » mais sans utiliser le terme de « mondialisation/globalisation » (exemple de Marshall MacLuhan, Guerre et paix dans le village planétaire, 1970).

Les mots « mondialisation » et « globalisation » s'imposent dans les années 1980 dans l'analyse économique des multinationales et de la sphère financière. En 1983, Théodore Levitt publie un article intitulé « The Globalisation of Markets » (Harvard Business Review) où il analyse la naissance de la « firme globale », nouvelle forme d'entreprise qui travaille « comme si le monde était un grand marché unique ». L'économiste américain Kenichi Ohmae développe cette idée dans La Triade. Emergence d'une stratégie mondiale de la puissance (1985).

A partir du milieu des années 1990, le terme de « mondialisation/globalisation » s'impose et est repris par toutes les sciences sociales. La chute de l'URSS et la disparition du « Tiers Monde » (en tant que systèmes économiques non-alignés) font que l'on peut parler d'un monde mondialisé. L'OCDE utilise abondamment le mot à partir de 1995 dans ses rapports sur la situation économique mondiale. Durant cette décennie, les géographes Roger Brunet, Olivier Dollfuss, Christian Grataloup, Jacques Lévy (etc.) analysent les processus de la mondialisation, mais le mot « mondialisation » n'est pas utilisé avant 1996-1997. Ils parlent alors de « système-monde » (terme utilisé dans la Géographie universelle par Olivier Dollfuss). Le premier ouvrage transdisciplinaire sur la mondialisation, Mondialisation. Les mots et les choses, est publié en 1999 sous la direction d'Olivier Dollfuss et Michel Beaud (économiste) : la mondialisation est analysée du point de vue économique, historique, anthropologique, politique et géographique. En 2002, Laurent Carroué publie sa première édition de la Géographie de la mondialisation, analysant la mondialisation sous l'angle géo-économique. En 2005, il publie La mondialisation. Genèse, acteurs et enjeux.

Après 2000, les géographes inventent le concept de « Monde » (Jacques Lévy (dir.), L'invention du Monde, 2008 ; Michel Lussault, L'avènement du Monde, 2013). Le « Monde » se distingue des mondes en tant que système, et existe depuis que nous pensons le monde en tant que Monde, unifié, et non plus en tant qu'agrégat de sociétés pré-mondiales. Michel Lussault développe par exemple l'idée de dispositifs-monde, endroits typiques du Monde comme les centres commerciaux standardisés aux quatre coins de la planète, les aéroports, les équipements sportifs gigantesques (etc.) qui n'ont de sens que dans des réseaux mondiaux constitués de flux. C'est la dimension systémique du monde qui est ainsi étudiée.



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Le développement durable et la géographie


L'expression « développement durable » est apparue en 1987 dans le rapport Brundtland et est aujourd'hui au cœur des politiques publiques et très présente dans les médias. Le concept n'est pas propre aux géographes, concernant aussi l'économie (les modes de production), l'écologie (le niveau acceptable de prélèvement des ressources naturelles), le droit (l'assise à donner à la durabilité).

Les racines philosophiques du développement durable sont anciennes. Aux Etats-Unis, le forestier Gifford Pinchot appelait, à la fin du XIXe siècle et début XXe, à une gestion « sage » des ressources forestières, s'opposant à la destruction de ressources pour des gains à court-terme. Il invente la notion de « Rendement maximum supportable ». Ernst Haeckel, biologiste et philosophe allemand, créé, en 1866, le terme « écologie » qui désigne pour lui l'étude des relations unissant les organismes vivants.

Quant au « développement », il apparaît dans le vocabulaire économique au milieu du XXe siècle, comprenant l'idée de croissance économique avec des dimensions sociales et culturelles. Les géographes s'intéressent aux écarts de développement (Yves Lacoste, Géographie du sous-développement, 1965). En 1972, le Club de Rome publie le rapport « Halte à la croissance ? » avec l'idée qu'il faut stopper la croissance économique et démographique pour préserver les ressources.

A partir des années 1970, les discours sur la dégradation de la nature se multiplient, beaucoup émanant de mouvement écologistes. En 1971, Pierre George publie un ouvrage pionner, L'environnement (collection « Que sais-je ? »), développant une réflexion sur les rapports entre nature et société et évoquant « la défense de l'environnement, c'est-à-dire des conditions d'existence des groupes humains dans leur cadre spatial ». En 1978, Jean Tricart, dans la Géomorphologie applicable, parle de l'étude « écodynamique » permettant de déterminer la marge de liberté dont l'homme dispose pour modifier les écosystèmes sans les dégrader, sans les détruire. Les recherches des années 1980 rompent avec l'éco-système pour le « géosystème » (terme de Georges Bertrand) et s'intéressent aux « nuisances » : érosion et dégradation des sols, pollution atmosphérique, etc.

Yvette Veyret est la première à véritablement écrire sur le développement durable (Géo-environnement, 1999). Elle s'intéresse plus particulièrement à la géographie des risques. En 2004, Sylvie Brunel publie un « Que sais-je ? » sur Le Développement durable. Enfin, en 2006, François Mancebo publie Le Développement durable, où il s'intéresse à l'historique du développement durable, aux dilemmes du développement durable (générations actuelles/générations futures, pays industrialisés/pays en voie de développement, besoin des êtres humains/préservation des écosystèmes), et s'interroge sur le lien entre « ressources naturelles » et « lieu » (lieu : identité physique localisable existant en fonction des valeurs et sens dont l'existence humaine les charge).



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L'« habiter » en géographie


Le concept de « l'habiter » ne renvoie pas qu'à la simple fonction matérielle de résider, mais à la pratique et à la perception de l'espace, aux relations intimes avec cet espace.

Pierre Vidal de La Blache, dès le début du XXe siècle, a parlé de « genre de vie », distinguant le genre de vie des agriculteurs à l'habitat sédentaire opposés à ceux du nomadisme pastoral. L'habitat est « une des expressions visibles » des combinaisons entre l'homme et le milieu.

Après la Seconde Guerre mondiale, Maurice Le Lannou, auteur d'une thèse sur les Pâtres et paysans de Sardaigne (1941), donne une nouvelle définition de la géographie humaine qui serait « la science de l'homme-habitant » (1949). Au cours des années 1950-1960, cet auteur écrit sur la fin de « l'homme-habitant » marqué par la symbiose entre l'homme et le sol. Cette notion d'« homme-habitant » insiste sur les modes de vie. La ville contemporaine et de nouvelles formes de mobilité comme le tourisme constituent aux yeux de Le Lannou des négations de l'habiter qui signifie « demeurer, posséder, construire et vivre en symbiose avec un espace concret » (1950). Pierre George, à la même période, oppose l'homme-producteur et l'homme-consommateur (vision marxiste) ; pour lui le fait d'habiter ne peut pas constituer le point de départ de la géographie qui doit être « l'inventaire des forces productives » (1950).

Au cours des années 1970, la Humanistic Geography se saisit de l'habiter à travers les rapports entre la construction identitaire du sujet et la perception de l'espace (Yi-Fu Tuan, Edward Relph, Ann Butimer) en analysant les relations d'intimité, de familiarité et d'intériorité avec les lieux de résidence. En France, la relecture de philosophes comme Martin Heidegger, pour qui habiter, c'est « construire, résider, penser », alimente les travaux de géographie dans les années 1970-1980. Habiter, pour Heidegger, est « l'activité fondamentale par laquelle l'individu peut 'être' au monde » (la relation à l'espace n'est donc pas que matérielle mais faite de représentations). Eric Dardel a été un précurseur, avec son ouvrage L'Homme et la Terre (1952), où il s'inspire de l'approche de Heidegger et développe le concept de « géographicité » qui désigne le rapport au lieu.

A partir des recherches sur les pratiques de mobilité, Olivier Lazzarotti et Mathis Stock (élève de Rémy Knafou, spécialiste du tourisme) renouvellent le concept d'habiter dans les années 2000 (Olivier Lazzarotti, Habiter. Le propre de l'homme, 2006). Ils remettent en cause l'habiter comme pratique des lieux du quotidien (lieu de résidence et de travail) et proposent une définition du tourisme comme un « habiter temporaire hors des lieux du quotidien ». Mathis Stock développe le concept de l'habiter poly-topique, c'est-à-dire dans différents lieux (résidences secondaires, tourisme, etc.). Avec les révolutions des transports et de la communication, les lieux familiers ne sont plus forcément les plus proches du domicile.



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La carte et la géographie


La carte est une représentation simplifiée du réel qui utilise un langage graphique spécifique, défini par des conventions. Cette représentation offre le « modèle réduit » d'une portion de l'espace terrestre impossible à embrasser du regard. Mais la carte confère également à des objets une matérialité dont ils ne sont pas naturellement porteurs : ainsi, la carte définit des frontières nettes – créations humaines – là où il n'y a pas de véritable césure sur le terrain. Enfin, la carte n'est pas neutre : elle véhicule un discours et, ne pouvant pas être exhaustive, elle dit des choses et en tait d'autres ; la carte peut donc être mise au service d'une idéologie ou de la propagande (choix des figurés, de l'échelle, des éléments représentés, la projection – Mercator ou Peters ...).

Les premières cartes étaient destinées à stocker et transmettre une connaissance sur le monde. La plus ancienne connue est une carte chinoise datant de 2100 av. J.-C. Au temps des Grandes Découvertes, les portulans donnent des indications utiles à la navigation, et les ateliers de cartographie des grandes puissances traçaient le contour des terres nouvellement découvertes. Ces cartes étaient secrètes et l'on diffusait même de fausses cartes à l'adversaire. En France, la première cartographie exhaustive du royaume est réalisée sous le règne de Louis XV par les Cassini père et fils. Au XIXe se développent les cartes d'état-major à grande échelle (1/80.000e pour les premières) afin de donner une connaissance exacte du terrain aux officiers. En France, la défaite de 1870 a pour conséquence un développement de la cartographie, le retard français dans ce domaine étant considéré comme une des causes du désastre. Les cartes font par exemple leur entrée dans les manuels scolaires et salles de classe. Les premières cartes à thèmes de la géographie classique portent sur des éléments naturels comme le relief ou le climat.

Au XXe siècle en France, une Ecole de cartographie de l'Université de Paris est ouverte en 1934 par Emmanuel de Martonne. Jacques Bertin est l'un de ses élèves, et devient en 1954 directeur du Laboratoire de cartographie de l'École Pratique des Hautes Études (6e section), créé par Lucien Febvre et soutenu par Fernand Braudel. Jacques Bertin organise, simplifie, clarifie la cartographie (technique de la sémiologie : signes graphiques). En 1940, l'Institut géographique national (IGN) remplace le Service géographique de l'Armée (SGA). L'échelle classique IGN est de 1/50.000e.

La cartographie est renouvelée dans la seconde moitié du XXe siècle par la chorématique de Roger Brunet. L'informatique vient modifier les cartes : le GPS venu des Etats-Unis (invention militaire) se démocratise dans les années 1980 ; les SIG (systèmes d'informations géographiques) permettent de superposer des couches de données ; la technique de l'anamorphose (déformation de l'espace en fonction de la population, du poids économique, du temps de trajet depuis un point donné, …) est venue également renouveler la cartographie ; Jacques Lévy travaille sur ce thème (les cartogrammes).

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